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Rande, Zucchetti, Nüsslisalat, Peperoni : le lexique suisse et ses pièges
Dans la base suisse de composition nutritionnelle, la betterave s’appelle Rande, la courgette Zucchetti et la mâche Nüsslisalat. Ces libellés officiels de l’OSAV suivent l’usage helvétique, pas celui des dictionnaires d’Allemagne ou de France. Ce lexique passe en revue les termes qui déroutent le plus, leur équivalent hors de Suisse et le vrai référent qui se cache derrière chaque mot.

Des libellés officiels qui parlent suisse
La base suisse de composition nutritionnelle, publiée par l’OSAV, décrit 1216 aliments répartis en 19 familles, avec un libellé par langue nationale plus l’anglais. Détail qui change tout : la colonne allemande n’emploie pas l’allemand d’Allemagne, mais le Hochdeutsch de Suisse. On y lit « Rande, roh » et non « Rote Bete », « Zucchetti » et non « Zucchini », « Poulet » et non « Hähnchen ».
Ce choix n’a rien d’anecdotique : la personne qui cherche une valeur nutritionnelle avec le mot appris en Suisse tombe souvent, ailleurs sur le web, sur des tables allemandes classées sous un autre nom. Ici, le nom suisse est le nom officiel de la fiche, et la liste complète des aliments se consulte dans les quatre langues.
Rande, Zucchetti, Nüsslisalat : trois helvétismes assumés
Trois légumes concentrent l’essentiel des malentendus entre Berne et Berlin.
- Rande : la betterave rouge, « Rote Bete » en Allemagne. L’origine du mot, souvent rattachée au moyen haut allemand, reste discutée ; les sources les plus sérieuses la présentent avec prudence. La fiche officielle s’intitule Betterave rouge, crue en français : 48 kcal pour 100 g.
- Zucchetti : la courgette, « Zucchini » outre-Rhin. Même espèce, même légume, seule la terminaison change. La fiche Courgette, crue affiche 17 kcal pour 100 g.
- Nüsslisalat : la mâche, « Feldsalat » en Allemagne, « Vogerlsalat » en Autriche, doucette ou rampon en Suisse romande. Le nom est généralement expliqué par une note de noisette, explication répandue mais rarement documentée. Sa fiche indique 18 kcal pour 100 g.
Peperoni : le faux ami le plus spectaculaire
En Suisse, « Peperoni » désigne le poivron, le gros légume doux que l’Allemagne appelle « Paprika ». En Allemagne et en Autriche, « Peperoni » désigne au contraire de petits piments piquants, ceux que la Suisse nomme « Peperoncini ». Et sur les pizzas d’inspiration américaine, « pepperoni » avec deux p est un salami épicé qui n’a rien d’un légume : le même mot recouvre trois référents selon le pays.
Dans la base OSAV, aucune ambiguïté : la fiche allemande « Peperoni, rot, roh » correspond à Poivron, rouge, cru, avec 149 mg de vitamine C pour 100 g. Le classement des aliments par teneur en vitamine C permet de situer cette valeur parmi les autres fiches de la base.
Chou-pomme : un chou-rave qui n’est pas un chou
Côté romand, le piège principal s’appelle « chou-pomme ». Malgré son nom, ce n’est ni un chou pommé ni un chou cabus : c’est le colrave, « chou-rave » en France, de la famille des choux mais sans pomme feuillue. La partie consommée n’est pas davantage une racine : c’est un renflement de la tige qui se forme au-dessus du sol.
La confusion est si installée que des pages web suisses mélangent parfois les deux légumes sous le même mot, jusque dans les sites de la branche maraîchère. La base officielle tranche par son libellé : la fiche Chou-pomme, cru porte « Kohlrabi, roh » en allemand, ce qui lève le doute sur le référent, et indique 57,6 mg de vitamine C pour 100 g.
Poulet, jamais Hähnchen : chercher avec le bon mot
Le lexique suisse ne s’arrête pas aux légumes. Dans la colonne allemande de la base, la volaille s’appelle « Poulet », mot français passé tel quel dans le Hochdeutsch de Suisse : la fiche « Poulet, ganz, mit Haut, roh » désigne le poulet entier avec peau, cru, avec 168 kcal et 18,8 g de protéines pour 100 g. Le « Hähnchen » des sites allemands n’existe simplement pas dans les libellés officiels.
Pour la lecture des données, une règle suffit : le nom qui fait foi est celui de la fiche officielle, dans la langue de consultation. Le comparateur met deux fiches côte à côte quel que soit leur nom, le calculateur de portions ramène chaque valeur à la quantité réellement pesée, et la méthodologie décrit la construction des libellés.
